Définition
Schizochytrium
Quand un poisson gras est riche en oméga-3, ces oméga-3 ne viennent pas du poisson lui-même : ils viennent des micro-algues qu'il a mangées. Schizochytrium est l'une de ces micro-algues, la seule que l'industrie sait aujourd'hui cultiver à grande échelle pour fournir du DHA (l'oméga-3 le plus concentré dans le cerveau et la rétine, dit acide docosahexaénoïque) sans passer par la mer. C'est elle qui se trouve derrière la plupart des huiles oméga-3 vegan disponibles aujourd'hui.
Schizochytrium en détail
Schizochytriumest un micro-organisme marin formé d'une seule cellule. Il vit dans les sédiments et les eaux côtières, se nourrit de débris organiques qui flottent autour de lui, et n'a pas besoin de lumière pour grandir : contrairement aux algues vertes ou aux plantes, il ne fait pas de photosynthèse. Ce qui le distingue de la plupart des autres organismes vivants, c'est sa capacité à accumuler dans sa cellule de très grandes quantités d'huile, dont une fraction inhabituellement riche en DHA. Les biologistes le rangent dans la famille des Thraustochytriaceae.
Pourquoi ces micro-organismes intéressent la nutrition
Ils accumulent jusqu'à 30 à 40 % de leur poids sec en lipides (contre 15 à 25 % pour les levures oléagineuses industrielles et environ 20 % pour les graines de colza), et le DHA peut représenter à lui seul plus de 35 % de ces acides gras (contre 10 à 15 % dans une huile de poisson typique). Autrement dit, à poids égal, Schizochytrium concentre nettement plus de DHA que n'importe quelle source halieutique.
Ils se cultivent en bioréacteur fermé, sur des substrats sucrés (glycérol, glucose), à l'abri de la lumière.
Le procédé est traçable, reproductible, et n'exige aucune pêche, aucun captage en mer, aucun prélèvement sur les écosystèmes marins.
Souches commercialisées
Trois noms reviennent dans la littérature et sur les étiquettes :
Schizochytrium limacinum est la souche industrielle dominante. C'est elle qui se cache derrière la marque Life'sDHA de DSM-Firmenich, commercialisée depuis le début des années 2000 dans les laits infantiles, suppléments et aliments pour animaux à travers le monde.
Schizochytrium sp. ATCC 20888 est la souche de référence académique. Elle sert d'étalon dans les publications scientifiques pour comparer les rendements et les profils d'acides gras d'une équipe à l'autre.
Aurantiochytrium spp. est un genre voisin, souvent fondu sous l'étiquette commerciale « Schizochytrium ». Il présente, sur certaines souches, des productivités lipidiques légèrement supérieures, et capte une part croissante du marché du DHA d'algue.
Utilisations
Le DHA issu de Schizochytrium alimente trois marchés principaux : les laits infantiles (où il est devenu une norme depuis la fin des années 1990), les suppléments oméga-3 pour adultes, et les aliments pour animaux (chats, chiens, mais aussi élevages aquacoles que l'on cherche à sortir de leur dépendance à l'huile de poisson). Il sert aussi à reformuler les produits vegan qui se passaient jusque-là d'oméga-3 marins.
Origine et étymologie de schizochytrium
Le nom du genre vient de deux mots grecs : σχίζειν, fendre, et χυτρίδιον, petit pot. Littéralement « petit pot qui se scinde », par référence à son mode de reproduction par division successive du sporange. Le genre a été décrit en 1964 par les phycologues Goldstein et Belsky, dans leurs travaux sur les thraustochytrides marins.
L'intérêt biotechnologique pour le genre n'a réellement émergé qu'à partir des années 1980-1990, lorsque des chercheurs ont identifié la capacité de certaines souches à accumuler des acides gras polyinsaturés à longue chaîne en quantité industriellement exploitable.
Schizochytrium : enjeux sociétaux
Alternative à la pêche industrielle : la quasi-totalité du DHA marin actuel provient de petits pélagiques (anchois, sardines, menhaden) prélevés en milliards d'individus par an. Ces poissons ne sont pas abattus, ils meurent par asphyxie sur le pont des navires-usines. Les filets associent à ces captures une proportion significative de captures accessoires : dauphins, tortues marines, requins, oiseaux marins. Schizochytrium permet de couvrir les besoins en DHA sans aucun de ces prélèvements.
Empreinte environnementale : la culture en bioréacteur consomme de l'électricité et des substrats sucrés (glycérol, glucose). Par kilogramme d'huile brute, les analyses de cycle de vie disponibles placent aujourd'hui l'huile algale au-dessus de l'huile de poisson en intensité énergétique. Mais l'huile algale est deux à trois fois plus concentrée en DHA ; ramené au kilogramme de DHA effectivement livré, l'écart se referme. À ce critère énergétique près, le procédé évite intégralement le prélèvement halieutique, la mortalité de petits pélagiques, les captures accessoires et la contamination en métaux lourds.
Coût et accessibilité : l'huile algale reste deux à trois fois plus chère que l'huile de poisson au kilogramme. Ramené au gramme de DHA effectivement livré (l'unité qui compte pour la santé de l'animal), l'écart se resserre à un facteur d'environ 1,5×. Pour un chat consommant 100 mg de DHA par jour, le surcoût représente quelques euros par mois : le prix d'un anchois en moins prélevé chaque jour dans la gamelle.
Acceptabilité culturelle : la mention « micro-algue » rassure les consommateurs végétaliens mais peut dérouter ceux qui associent « algue » à des notions de goût ou d'origine peu familières.
L'huile de Schizochytrium est-elle adaptée aux chats ?
L'huile de Schizochytrium est-elle adaptée aux chats ? Oui. Les chats ne synthétisent pas suffisamment de DHA à partir de l'ALA. L'huile de Schizochytrium leur en fournit directement, sans poisson, sans mercure, et avec une biodisponibilité comparable.
Schizochytrium est-il un animal, une plante ou un champignon ?
Schizochytrium est-il un animal, une plante ou un champignon ? Aucun des trois. C'est un micro-organisme marin formé d'une seule cellule, sans tissus, sans organes, sans système nerveux. Il est vivant, mais il n'a pas plus de capacité à ressentir ou à souffrir qu'une levure de boulangerie ou qu'une bactérie : la biologie ne lui prête ni sensibilité, ni conscience. Les biologistes le classent parmi les protistes, plus près des grandes algues brunes (les laminaires que l'on voit s'échouer sur les plages) que des plantes vertes. Le mot « micro-algue » s'est imposé sur les étiquettes parce qu'il vit en mer et fournit les mêmes nutriments que les algues : c'est un raccourci commercial plus qu'une catégorie scientifique stricte.
Schizochytrium : la position d'Animalert
Chez Animalert, nous voyons dans Schizochytrium l'une des rares pistes concrètes pour couvrir les besoins en DHA des chats, des chiens et des autres animaux domestiques sans continuer à en prélever d'autres en mer pour le faire. Le DHA reste indispensable aux chiots, aux chatons, aux chattes et chiennes en gestation, aux animaux âgés : leurs cerveaux, leurs rétines et leur immunité en dépendent directement. La question n'est donc pas de savoir s'il en faut, mais d'où on choisit de le prendre : sur des poissons que la pêche industrielle tue par milliards, ou dans une cuve qui ne fait souffrir aucun être vivant sensible.
Comme le rappellent Lane et coll., l'huile algale offre une biodisponibilité du DHA équivalente à celle des huiles de poisson, avec une absence quasi totale de contaminants marins :
Reste la question de l'échelle. Une demande croissante en oméga-3 ne peut pas continuer à reposer uniquement sur des poissons sauvages que l'on prélève. Adarme-Vega et coll. décrivent les biofactories micro-algales comme la voie la plus mature pour décorréler la production mondiale d'oméga-3 à longue chaîne de la pêche :
Notre position : à apport nutritionnel équivalent, l'huile algale est mesurablement préférable. Préférable pour l'animal qui la consomme : biodisponibilité du DHA équivalente à celle de l'huile de poisson, sans mercure, sans polluants organiques persistants. Préférable pour les milliards de poissons que la pêche industrielle prélève chaque année pour produire l'huile actuelle, et pour la faune marine prise en captures accessoires. À apport nutritionnel constant, choisir la cuve plutôt que la pêche réduit la souffrance animale sans la déplacer ailleurs.