Crash Test 42Builders : ce que de vrais utilisateurs ont appris à Animalert
Animalert a présenté sa bêta au Crash Test du club 42Builders, à 42 Paris. Ce que des testeurs sans mode d'emploi ont révélé, et ce qu'on a déjà corrigé.
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Mercredi soir, à Paris, la bêta d'Animalert est passée entre les mains de parfaits inconnus pour la première fois. Sans tutoriel, sans guide, sans le moindre indice. Et c'était précisément le but.
Animalert est une association qui développe une application mobile pour aider à retrouver les animaux perdus, signaler les animaux trouvés et alerter sur les animaux décédés sur la voie publique. Le code, comme la plupart des petites associations tech, est porté aujourd'hui par une seule personne. C'est viable pour avancer vite, mais ça crée un angle mort évident : à force de regarder son propre produit, on ne voit plus ce qu'un nouvel utilisateur voit en l'ouvrant pour la première fois.
42 Paris est une école d'informatique gratuite et atypique, sans professeurs ni cours magistraux, où l'on apprend en construisant des projets entre pairs. À l'intérieur de cette école, plusieurs clubs étudiants se sont montés autour de centres d'intérêt précis. 42Builders est l'un d'eux, dédié à celles et ceux qui construisent un produit, une start-up ou une association tech.
Le club organise régulièrement un événement appelé le Crash Test : un porteur de projet vient présenter son application, et des étudiantes et étudiants de l'école la prennent en main en live, sans contexte. L'objectif est limpide : voir ce que ferait un vrai utilisateur, pas ce que ferait quelqu'un qu'on a brieffé à l'avance. À la fin, place à l'échange sur le produit, la stack et le modèle.
Animalert a sauté sur l'occasion. Voici ce qu'on en a retenu.
Il existe une catégorie de bugs qu'on finit par tolérer quand on développe au quotidien. Ceux qu'on repousse à la version suivante en se disant "personne n'ira cliquer exactement ici, puis là, dans cet ordre". Mauvaise nouvelle : les testeurs y vont. En premier. À chaque fois.
En une heure, des chemins qu'on pensait marginaux sont devenus des autoroutes. Des micro-bugs laissés en suspens depuis des semaines se sont rappelés à nous, parfois dans les trente premières secondes d'utilisation.
Si vous développez un produit, ne misez pas sur votre seule rigueur de relecture. Le seul filtre fiable, c'est une personne qui ne sait pas ce que vous avez voulu construire.
Pour garantir l'éthique d'Animalert, un choix structurant a été pris dès le début : modérer chaque annonce à la main, sans automatisation. Sur le papier, le modèle tenait la route. En voyant les testeurs créer des annonces les unes après les autres, parfois farfelues, parfois sérieuses, parfois en spam, on a immédiatement vu où ça coinçait.
L'interface de modération actuelle, pensée pour un rythme posé, deviendrait un goulot d'étranglement infernal le jour où l'application toucherait son public réel. Le principe de la modération humaine n'est pas remis en cause, mais l'outil qui la rend possible va devoir évoluer rapidement. Sans cette mise en situation, on aurait sans doute attendu encore plusieurs mois avant de s'en rendre compte.
S'il y a bien un écran sur lequel on se ment à soi-même, c'est l'écran d'accueil. On le voit cinquante fois par jour pendant des mois, et on finit par ne plus vraiment le regarder.
Avant le Crash Test, l'onboarding d'Animalert ressemblait à ceci : un écran un peu daté, et surtout, toutes les permissions système demandées en même temps. Notifications, géolocalisation, accès aux photos, tout arrivait en cascade dès les premières secondes, sans contexte, sans explication. Vu de l'intérieur, ça passait. Vu de l'extérieur, c'était brutal et un peu inquiétant.
L'écran a depuis été entièrement repris. L'interface a été redessinée, et surtout, chaque permission est désormais demandée au bon moment, une par une, avec une explication claire de son utilité. La géolocalisation arrive quand on s'apprête à signaler un animal, les notifications quand on choisit d'être alerté autour de chez soi, et ainsi de suite.

Le résultat est moins anxiogène, plus respectueux du choix de l'utilisateur, et reflète enfin ce qu'Animalert essaye de transmettre dès la première ouverture : l'application ne prend que ce dont elle a besoin, et seulement quand elle en a besoin.
Voir son travail confronté frontalement à de vrais utilisateurs n'est jamais confortable. Mais c'est ce qui ramène à la réalité, et c'est ce qui donne envie de retourner au code dès le lendemain. Ce qui ressort le plus de cette soirée, ce n'est pas la liste de bugs (qui sont déjà en train d'être corrigés), c'est la confirmation que le projet parle aux gens dès qu'on le pose en face d'eux. C'est précieux quand on développe la plupart du temps loin de ses futurs utilisateurs.
Vous étudiez à 42 Paris et vous portez un prototype, une application en production ou une association tech ? Ne restez pas seul dans votre coin. Le club 42Builders est ouvert, et le prochain Crash Test ne demande qu'un produit imparfait et une bonne dose de courage. On s'y croisera peut-être.
Un grand merci à toute l'équipe de 42Builders, et particulièrement à Maryam Cherkaoui, pour l'organisation et l'opportunité. Hâte de voir la suite.